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Après les nuits médiocres à passables présentées en (1) et (2), voici à présent mes observations concernant les deux nuits qui ont suivi (31 août au 1er septembre, puis 1er au 2 septembre). Ces deux nuits ont été relativement nébuleuses, mais avec un seeing beaucoup plus stable. Les conditions météo avaient également changé !

Lors de la nuit du 30 au 31, j’ai noté un arrêt de ce fameux vent de sud-est désagréable et invisible sur les cartes (lire la partie 2). Dans la journée du 31, le temps en France change : le flux méridional (du sud vers le nord) responsable de la chaleur de l’été 2015, qui était actif encore à notre arrivée à l’observatoire, se décale vers l’Italie avec l’arrivée (progressive et lente) d’un front froid alors situé sur l’ouest de la France, devant une perturbation descendant de la Grande Bretagne. A l’avant du front, l’air est encore chaud et des orages assez puissants se développent dans le flux de sud-ouest. La figure ci-dessous présente la situation.

aq2015_3_fig1A gauche: position des fronts (données UKMO), au centre les systèmes de pression, à droite le courant-jet. Il est à noter qu’on passe progressivement en flux d’ouest en altitude (le vent au sol est toujours indéterminé sur les cartes, je ne montre pas cette donnée ici).

aq2015_3_fig2Voici quelques photos de la journée qui me semblent pertinentes (cliquez pour une meilleure définition).

En haut : le fond de la vallée du Queyras, comme vu dans l’article précédent, mais cette fois sans les nuages qui « coulaient » depuis l’Italie. Le Mont Viso est largement dégagé, et le col Blanchet, qui marque la frontière sur la crête du fond de vallée, est également visible.

En bas, à l’ouest, des cumulus de beau temps se forment durant l’après-midi au-dessus des Alpes françaises. Ces nuages qui sont le signe d’une convection diurne superficielle (due uniquement au chauffage solaire) n’étaient pas visibles lors des deux précédentes journées.

 La nuit n’offre qu’une brève fenêtre de temps dégagé, mais qui a permis de faire des images de Neptune par un bon seing. On ne détecte aucun vent nocturne.

Du 1er au 2 septembre: un ciel superbement stable… mais toujours pas complètement dégagé !

Le lendemain, le ciel est très largement couvert dans la journée avec un plafond très « bas » (on est à 3000 mètres !) : le front nuageux est arrivé sur l’est de la France. C’est l’occasion de faire des photos de quelques phénomènes météo curieux, comme les fameuses « gloires »… à voir sur le blog de mes camarades de mission du Club Olympus Mons :).

Côté macro-météo, la situation de la veille s’accentue : on passe en flux d’ouest en altitude, avec un courant-jet sensiblement plus rapides que lors des premières nuits. En plaine, je me serai méfié de la qualité de seeing que réserve une telle situation… pourtant, c’est là que j’ai eu les images les plus stables sur Neptune. Un ciel incroyable… mais encore très nébuleux. Voici les cartes météo significatives:

 aq2015_3_fig3Centres de pression à gauche : la circulation est dominée par une vigoureuse dépression (T) centrée sur le Danemark. Sur son flanc sud (soit toute la France) le flux d’ouest entraîne un jet-stream assez présent (carte de gauche, couleur verte). L’ambiance nocturne était fantastique avec pas mal de nuages éclairés par la Lune… nuages qui ont hélas fini par gagner la partie.

Certains de ces nuages ont attiré mon attention, dans la mesure où j’ai déjà vu les mêmes en ciel de plaine, accompagnant un seeing de pierre (rock-steady, comme disent les anglo-saxons). Ils sont donc pour moi un indicateur fiable d’une très grande stabilité atmosphérique. Je ne suis pas encore certain de les identifier correctement : cirrocumulus ou alto-cumulus ? Les voici se détachant devant la Lune avec la coupole du T60 au premier plan :

aq2015_3_fig4Lors des nuits suivantes (2/3 et 5/6) : maintien des conditions

Le seeing lors de ces deux nuits était encore très bon. Les conditions macro-météorologiques sont restées identiques : courant-jet d’ouest très sensible (un peu plus élevé même) sur le flanc sud d’une lointaine dépression atmosphérique.