Interview : Yann Le Gall, la photo planétaire avec un gros dobson

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On peut utiliser de nombreux instruments pour faire de la photographie planétaire. Cette semaine, je fais le portrait de Yann Le Gall, qui réalise depuis plusieurs années des images magnifiques avec un dobson de grand diamètre monté sur table équatoriale !

Vous pouvez accéder au site web de Yann via le lien ci-dessous :

Astrophotographie au dobson

Bonjour Yann ! Peux-tu nous dire quelques mots au sujet de toi et ton activité en astronomie ?

Je suis né à Paris et j’ai grandi en région parisienne.

Après quelques saisons passées à la montagne comme saisonnier, je travaille maintenant à l’année en Ile de France, où j’exerce le métier de cordiste (Travaux d’accès difficile). Mon tout premier souvenir pour l’astronomie doit remonter à mes 10/12 ans, peut être en feuilletant une encyclopédie. Et après quelques observations de néophyte à l’œil nu et aux jumelles, je suis passé à autre chose…. Jusqu’à mes 23 ans où je suis rentré dans une boutique de « Nature et Découverte » pour tout à fait autre chose, mais après un passage dans le rayon des télescopes je suis ressorti avec un livre d’astronomie amateur, un guide pour observer le ciel. Voilà c’était parti;), les magazines d’astronomie, le premier instrument, puis plus tard les premières images à la webcam… Et ça fait maintenant plus de dix ans que je sors mon télescope dès que la météo et mon emploi du temps le permet.

La première raison pour laquelle j’ai souhaité t’interroger c’est la particularité de l’instrument que tu utilises pour la photo planétaire. Tu peux nous en parler ?

 

En effet ces dernières années, après avoir utilisé un C11 pour imager, je suis passé au Dobson de 15″ (380 mm). Tout d’abord ce choix a été motivé pour faire du visuel de qualité à la montagne où je bénéficiais d’un ciel bien transparent. Mais le virus de l’imagerie ne m’ayant pas quitté j’ai eu envie d’utiliser ce grand diamètre également pour l’astrophoto. Quelques autres avant moi ont réussi de belles images en équipant leurs Dobsons d’une table équatoriale, ce fut aussi mon choix.

yann_marsA droite : des images de Mars prises avec le dobson et une caméra Sknyx 2-0M, les 21 février et 14 mars 2012 par Yann. Remarquez la finesse du rendu des nuages de Tharsis sur l’image du 14 !

Je pense avoir choisi la meilleure plate-forme disponible sur le marché à l’heure actuel, une Tom Osypowski, qui permet d’avoir un rattrapage sur les deux axes, ce qui est bien pratique pour pouvoir imager correctement et confortablement. En fait ce système permet de pouvoir prendre des images comme avec une classique monture Allemande, à part qu’il faut « réinitialiser » la plate-forme toutes les 1H20 environ (manip qui prend quelques secondes). Le télescope en lui même est un Newton de 380mm ouvert à 4.3 avec une obstruction de 22%. L’optique fabriquée par JM.LECLEIRE est très bonne. En imagerie planétaire j’utilise la plupart du temps une Powermate x5 avec plus ou moins de tirage, pour obtenir le bon échantillonnage.

Le Dobson est un Skyvision, il est très bien construit notamment au niveau du barillet, la qualité de fabrication est un point à ne pas négliger car au départ pour une question de budget j’avais acheté un autre Dobson, d’une marque américaine, bien moins cher certes, mais à la mécanique bien moins bonne également… du coup l’excellent miroir ne pouvait pas pleinement s’exprimer (le barillet à sangle provoquait de l’astigmatisme, la collimation ne tenait pas…).

Je dois dire que grâce à cet instrument tu as produit des images d’une grande qualité. Mais l’instrument ne fait pas tout, et ce que j’ai envie de te demander, c’est à ton avis : comment es-tu parvenu à produire de telles images ?

Grâce au temps qui passe, on comprend, on corrige nos erreurs et on apprend à faire mieux. De plus avec le Net, les logiciels et les informations pour progresser sont faciles d’accès. Il y aussi les astronomes qui n’hésite pas à partager leur savoir via, les blogs ou les forums. D’excellents livres d’astrophotographie sont publiés. Avec tout ça on peut apprendre énormément.

Après avec un peu d’obstination, en suivant rigoureusement les règles que l’on a comprises (instrument à température, bien réglé, échantillonnage adapté, mise au point soignée, etc…) et si les conditions atmosphériques sont bonnes nos images le seront aussi.

yann_jupiter

Jupiter le 11 septembre 2011.

As-tu des projets particuliers en astronomie dont tu souhaites nous faire part ?

 

A cause d’une pollution lumineuse galopante près de chez moi, je vais certainement délaisser le ciel profond et essayer de m’investir encore plus en imagerie planétaire. Je compte suivre la démarche que j’ai apprise dès mes débuts sur le site « planètes SAF« , à savoir, faire des photos qui reflètent au plus près la « réalité » de l’objet photographié tout en essayant de faire la plus belle image possible.

J’aime bien ce que tu dis, des images « réalistes mais belles en même temps », c’est exactement l’esprit qu’on essaye de promouvoir effectivement à la commission. De mon côté, je pense qu’une belle image est une image qui respecte la réalité physique des objets qu’on photographie, que les deux vont de pair. En tous cas je recommande vivement aux astrophotographes de s’inspirer de ton travail.

Des observations exotiques m’attirent aussi, comme le signal thermique de Venus, les anneaux d’Uranus, des détails sur Neptune… Bien sur je n’ai pas la prétention de toutes les réussir, mais c’est pour souligner qu’il y a vraiment de quoi faire au dessus de nos têtes.

Uranus en infrarouge en septembre 2012. L’image montre sans ambiguïté la bande équatoriale et la bande polaire ; Yann a été un des premiers amateurs à réussir cette observation en 2012.

Effectivement, la photo planétaire est vraiment une discipline d’avenir pour les astronomes amateurs, j’essaye d’ailleurs d’en parler sur ce blog car c’est vraiment motivant. Pour tes projets « exotiques » nul doute que tu peux les réussir, comme on peut le constater en admirant tes images sur cet article ou bien sur ton site web. Merci Yann et bonne chance pour tes prochaines observations !

Je tiens à te remercier également pour ton excellent travail dans le domaine de l’astrophotographie planétaire, car ton blog regorge d’informations pour réussir nos images et mieux comprendre les phénomènes que l’on peut observer sur les planètes de notre système solaire.

 

Ci-dessous une image de Saturne en LRVB

yann_saturne


 

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