Le nuage de haute altitude sur Mars, dans la revue Nature

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Lors des apparitions 2012 et 2014 de la planète Mars, on a beaucoup parlé d’un détail très curieux photographié par des amateurs : un objet visible au-delà du terminateur martien, qui ne pouvait être qu’à une très haute altitude. Sept scientifiques et six amateurs cosignent ce mois-ci un article sur le sujet dans la célèbre revue Nature !

 An extremely high-altitude plume seen at Mars’ morning terminator est une étude consacrée à ces phénomènes et cosignée par A. Sánchez-Lavega, A. García Muñoz, E. García-Melendo, S. Pérez-Hoyos, J. M. Gómez-Forrellad, C. Pellier, M. Delcroix, M. A. López-Valverde, F. González-Galindo, W. Jaeschke, D. Parker, J. Phillips et D. Peach.

L’article s’attache d’abord à présenter les résultats de nos calculs concernant l’altitude de ces « plumes » : elle atteint voire dépasse les 200 kilomètres au-dessus de la surface, ce qui est bien plus haut que tous les nuages connus de la planète. Qu’il s’agisse des tempêtes de poussière ou bien des nuages blancs, ils sont tous confinés à moins de 100 km !

Deux hypothèses sont ensuite avancées pour tenter d’expliquer le phénomène. Cependant, aucune des deux n’est complètement satisfaisante et le mystère n’est donc pas résolu !

  1. Un nuage dont la composition serait soit d’eau soit de dioxide de carbone. C’est l’hypothèse qui semble le mieux tenir la route, mais il reste à expliquer comment de tels nuages peuvent se former si haut. Elle est cohérente avec la photométrie des objets, qui montre que leur albédo est similaire à celui des nuages blancs connus (éclat plus important dans le bleu). On peut donc en tous cas écarter dans tous les cas l’hypothèse d’une tempête de poussière, qui aurait un comportement photométrique différent (plus brillante en rouge).
  2. Des aurores. Cette hypothèse s’appuie sur le fait qu’un grand nombre des nuages observés (on en a retrouvés de nombreux dans les images amateurs et celles du télescope Hubble) semble se former de manière préférentielle au-dessus de Mare Cimmerium, une région du sol martien qui présente une forte anomalie magnétique. Cependant, ces aurores martiennes présenteraient alors un éclat très supérieur aux aurores terrestres, ce qui semble difficile à expliquer…

Si vous ne n’êtes pas abonné à la revue ;) je vous conseille la lecture en ligne de deux autres articles :

Martian mystery cloud defies explanation, sur le site de Nature qui présente brièvement l’étude principale, par Alexandra Witze

Martian Terminator Projections Observed by the HST , un article amateur (dont je suis l’auteur) dans la revue Communications in Mars Observations, cité dans Nature et qui décrit ces phénomènes tels qu’on peut les voir sur les images du HST. Je n’avais pas fait de mesure d’altitude à l’époque, mais une description du comportement dans le temps et dans les saisons de ces objets, de leur répartition géographique et de leur comportement photométrique. Mon impression était déjà qu’il s’agissait plutôt de nuages, mais d’un type un peu différent de ceux observés habituellement.

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Image Wayne Jaeschke, 19 mars 2012

Quelle conclusion pour les amateurs ?

Une fois de plus, on voit que les observations amateurs des planètes ont bel et bien un intérêt scientifique. Faites des images, vous pouvez toujours avoir des surprises :).

En 2016, Mars sera à nouveau bien observable depuis la Terre. Cependant, la configuration ne semble pas favorable à de nouvelles détection de ces objets… en effet, ils sont de préférence visibles au matin martien (au-dessus et au-delà du terminateur), et durant l’hiver austral. Or, le terminateur matinal ne commence à être visible qu’après l’opposition, et la saison martienne sera alors avancée dans la fin de l’hiver austral. On verra bien :)

 PS ce mois-ci dans Astrosurf Magazine, vous pourrez lire un de mes articles consacré à toutes les découvertes amateur faites sur les planètes dans les dix dernières années !